|
EXTRAIT
«
Folles frontières bardées de barbelés rouges
Cuirassées de souffrance et de chair à cheval
Comment
peut-on ainsi répéter « c’est la vie » pour
toujours parler de la mort
Pourquoi ne dit-on pas « c’est la mort » pour
plutôt renaître à la vie ?
On
creuse la blessure du monde en lisant la douleur sur des
bouches brisées
Sous des cernes de cendre on ne voit plus rien, plus rien plus
rien
Ni
ces fragiles familles, ces peuples apeurés et ces poèmes qui
ne peuvent
Même pas sauver cet enfant qui pleure trop jeune pour savoir
pourquoi
Les
figures s’avilissent et les formes s’effacent
Violées par les victimes trop sévères pour une vérité
qui s’en va –
Le
poème peut-il laver les linceuls de la violence ?
Effacer les frontières au-dehors au dedans et des têtes et
des cœurs et des corps ?
Trouver dans ce vacarme la vérité sans poursuivre le
vent ?
Nuit
sans fin. Sans faille. Sans force. Le monde s’enfonce dans
le feu.
S’oppose à passer les portes du paradis. Pour la paix, pour
l’appel éternel.
Plutôt le pire, rouge-orange, rien et rage. Rouge encore le
range-morts.
On
s’égorge à tort et à travers. On s’engage à la mort ou
à la mer.
On s’agenouille et on s’agite. On s’interroge sur le
vide.
Sur le vrai. Sur le vague. Sur la fin et sur le faux.
On s’agresse. Pour des terres. Pour des croix incomprises.
Pour le pouvoir.
Et
ces foutaises de frontières qui n’en finissent jamais
d’effondrer le monde.
Au-dedans
au-dehors les frontières finissent par dessiner des charniers
Et faire pleurer les oiseaux bleus qui ne chantent plus
Qu’il faut sans cesse nous voir tel que nous sommes et non
tel que nous voudrions
Être.
Car
il s’agit maintenant de pousser au face à face
Sur cette terre martelée par de moches messieurs
De
l’espace du dedans à l’espace du dehors
Pour
mettre fin aujourd’hui à la folie furieuse des pouvoirs
– de la masse des mois qui nous étranglent
Et laisser s’échapper les forçats affamés qui ne feront
plus qu’Un
Décidés
à en découdre sans attendre demain
Avec l’Espérance de ceux qui ne peuvent plus rire
Et la faim fertile de ceux qui la puisent dans la Foi
Qui
a promis la terre promise? Qui y a cru ? Qui y croit ?
Qui voudrait y croire ?
Portons la question en nous-même sans pour une fois y
chercher de réponse
Et quêtons enfin la frontière sans vouloir l’effacer mais
en se demandant encore
De quel côté ils parlent –
Car
le paradis n’est pas un état mais un acte qu’il faut re-pénétrer
à chaque instant
En travaillant sans relâche grâce à ceux qui ont soufferts
en silence
Comme des clowns maîtres de leur cirque –»
P.B.
©
"Folles Frontières" in Les Cahiers du Sens - n°
17, Le
Nouvel Athanor, juin 2007. |